The Raven / Le Corbeau

By Edgar Allan Poe, featuring the translation of Charles Baudelaire and images by Gustave Doré.

"While I nodded nearly napping..."

Once upon a midnight dreary, while I pondered, weak and weary,
Over many a quaint and curious volume of forgotten lore,
While I nodded, nearly napping, suddenly there came a tapping,
As of some one gently rapping, rapping at my chamber door.
” ‘Tis some visitor,” I muttered, ”tapping at my chamber door-
Only this, and nothing more.”

Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué,
sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée,
pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement,
comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre.
«C’est quelque visiteur, – murmurai-je, – qui frappe à la porte de ma chambre;
ce n’est que cela et rien de plus.»

Ah, distinctly I remember it was in the bleak December,
And each separate dying ember wrought its ghost upon the floor.
Eagerly I wished the morrow;- vainly I had sought to borrow
From my books surcease of sorrow- sorrow for the lost Lenore-
For the rare and radiant maiden whom the angels name Lenore-
Nameless here for evermore.

Ah! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre,
et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie.
Ardemment je désirais le matin; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres
un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore
perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore,
– et qu’ici on ne nommera jamais plus.

And the silken sad uncertain rustling of each purple curtain
Thrilled me- filled me with fantastic terrors never felt before;
So that now, to still the beating of my heart, I stood repeating,
” ‘Tis some visitor entreating entrance at my chamber door-
Some late visitor entreating entrance at my chamber door;-
This it is, and nothing more.”

Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait,
me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour;
si bien qu’enfin pour apaiser le battement de mon coeur, je me dressai, répétant:
«C’est quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre;
– c’est cela même, et rien de plus.»

Presently my soul grew stronger; hesitating then no longer,
”Sir,” said I, ”or Madam, truly your forgiveness I implore;
But the fact is I was napping, and so gently you came rapping,
And so faintly you came tapping, tapping at my chamber door,
That I scarce was sure I heard you”- here I opened wide the door;-
Darkness there, and nothing more.

Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps:
«Monsieur, dis-je, ou madame, en vérité, j’implore votre pardon;
mais le fait est que je sommeillais et vous êtes venu frapper si doucement,
si faiblement vous êtes venu frapper à la porte
de ma chambre, qu’à peine étais-je certain
de vous avoir entendu.» Et alors j’ouvris la porte toute grande;
– les ténèbres, et rien de plus.

Deep into that darkness peering, long I stood there wondering, fearing,
Doubting, dreaming dreams no mortals ever dared to dream before;
But the silence was unbroken, and the stillness gave no token,
And the only word there spoken was the whispered word, ”Lenore!”
This I whispered, and an echo murmured back the word, ”Lenore!”-
Merely this, and nothing more.

Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte,
de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver;
mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe,
et le seul mot proféré fut un nom chuchoté: «Lénore!»
– C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot: «Lénore!»
Purement cela, et rien de plus.

Back into the chamber turning, all my soul within me burning,
Soon again I heard a tapping somewhat louder than before.
”Surely,” said I, ”surely that is something at my window lattice:
Let me see, then, what thereat is, and this mystery explore-
Let my heart be still a moment and this mystery explore;-
‘Tis the wind and nothing more.'”

Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée,
j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier.
«Sûrement, – dis-je, – sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre;
voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère.
Laissons mon coeur se calmer un instant, et explorons ce mystère;
– c’est le vent, et rien de plus.»

 

"Open here I flung the shutter..."

Open here I flung the shutter, when, with many a flirt and flutter,
In there stepped a stately raven of the saintly days of yore;
Not the least obeisance made he; not a minute stopped or stayed he;
But, with mien of lord or lady, perched above my chamber door-
Perched upon a bust of Pallas just above my chamber door-
Perched, and sat, and nothing more.

Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes,
entra un majestueux corbeau digne des anciens jours.
Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute;
mais avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre;
il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre;
– il se percha, s’installa, et rien de plus.

Then this ebony bird beguiling my sad fancy into smiling,
By the grave and stern decorum of the countenance it wore.
”Though thy crest be shorn and shaven, thou,” I said, ”art sure no craven,
Ghastly grim and ancient raven wandering from the Nightly shore-
Tell me what thy lordly name is on the Night’s Plutonian shore!”
Quoth the raven, ”Nevermore.”

Alors, cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et
la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire:
«Bien que ta tête, – lui dis-je, – soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron,
lugubre et ancien corbeau,voyageur parti des rivages de la nuit.
Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la nuit plutonienne!»
Le corbeau dit: «Jamais plus!»

Much I marveled this ungainly fowl to hear discourse so plainly,
Though its answer little meaning- little relevancy bore;
For we cannot help agreeing that no living human being
Ever yet was blest with seeing bird above his chamber door-
Bird or beast upon the sculptured bust above his chamber door,
With such name as ”Nevermore.”

Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole,
bien que sa réponse n’eût pas une bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours;
car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant
de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre,
un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre,
se nommant d’un nom tel que – Jamais plus!

But the raven, sitting lonely on the placid bust, spoke only
That one word, as if his soul in that one word he did outpour.
Nothing further then he uttered- not a feather then he fluttered-
Till I scarcely more than muttered, ”other friends have flown before-
On the morrow he will leave me, as my hopes have flown before.’
‘ Then the bird said, ”Nevermore.”

Mais le corbeau, perché solitaitrement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique,
comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme.
Il ne prononça rien de plus; il ne remua pas une plume,
– jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement: «D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi;
vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées.»
L’oiseau dit alors: «Jamais plus!»

Startled at the stillness broken by reply so aptly spoken,
”Doubtless,” said I, ”what it utters is its only stock and store,
Caught from some unhappy master whom unmerciful Disaster
Followed fast and followed faster till his songs one burden bore-
Till the dirges of his Hope that melancholy burden bore
Of ‘Never- nevermore’.”

Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos:
Sans doute, – dis-je, – ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir,
qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur
impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’unseul refrain,
jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain:
«Jamais – jamais plus!»

But the raven still beguiling all my fancy into smiling,
Straight I wheeled a cushioned seat in front of bird, and bust and door;
Then upon the velvet sinking, I betook myself to linking
Fancy unto fancy, thinking what this ominous bird of yore-
What this grim, ungainly, ghastly, gaunt and ominous bird of yore
Meant in croaking ”Nevermore.”

Mais le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire,
je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte;
alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant
ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que
ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours
voulait faire entendre en croassant son – Jamais plus!

This I sat engaged in guessing, but no syllable expressing
To the fowl whose fiery eyes now burned into my bosom’s core;
This and more I sat divining, with my head at ease reclining
On the cushion’s velvet lining that the lamplight gloated o’er,
But whose velvet violet lining with the lamplight gloating o’er,
She shall press, ah, nevermore!

Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe
à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du coeur:
je cherchai à deviner cela, et plus encore,ma tête reposant à l’aise
sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe,
ce velours violet caressé par la lumière de la lampe
que sa tête,à Elle, ne pressera plus, – ah! jamais plus!

Then methought the air grew denser, perfumed from an unseen censer
Swung by Seraphim whose footfalls tinkled on the tufted floor.
”Wretch,” I cried, ”thy God hath lent thee- by these angels he hath sent thee
Respite- respite and nepenthe, from thy memories of Lenore!
Quaff, oh quaff this kind nepenthe and forget this lost Lenore!”
Quoth the raven, ”Nevermore.”

Alors, il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible
que balançaient les séraphins dont les pas frôlaient le tapis de ma chambre.
«Infortuné! – m’écriai-je, – ton Dieu t’a donné par ses anges,
il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore!
Bois, oh! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue!»
Lecorbeau dit: «Jamais plus!»

”Prophet!” said I, ”thing of evil!- prophet still, if bird or devil!-
Whether Tempter sent, or whether tempest tossed thee here ashore,
Desolate yet all undaunted, on this desert land enchanted-
On this home by horror haunted- tell me truly, I implore-
Is there- is there balm in Gilead?- tell me- tell me, I implore!”
Quoth the Raven, ”Nevermore.”

«Prophète! – dis-je, – être de malheur! oiseau ou démon! mais toujours prophète!
que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé,
mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée,
dans ce logis par l’Horreur hanté, – dis-moi sincèrement, je t’en supplie,
existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée? Dis, dis, je t’en supplie!»
Le corbeau dit: «Jamais plus!»

”Prophet!” said I, ”thing of evil- prophet still, if bird or devil!
By that Heaven that bends above us- by that God we both adore-
Tell this soul with sorrow laden if, within the distant Aidenn,
It shall clasp a sainted maiden whom the angels name Lenore-
Clasp a rare and radiant maiden whom the angels name Lenore.”
Quoth the raven, ”Nevermore.”

«Prophète! – dis-je, – être de malheur! oiseau ou démon! toujours prophète!
par ce ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons,
dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain,
elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore,
embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore.»
Le corbeau dit: «Jamais plus!»

”Be that word our sign in parting, bird or fiend,” I shrieked, upstarting-
”Get thee back into the tempest and the Night’s Plutonian shore!
Leave no black plume as a token of that lie thy soul hath spoken!
Leave my loneliness unbroken!- quit the bust above my door!
Take thy beak from out my heart, and take thy form from off my door!”
Quoth the raven, ”Nevermore.”

«Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon! – hurlai-je en me redressant.
– Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne;
ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré;
laisse ma solitude inviolée; quitte ce buste au-dessus de ma porte;
arrache ton bec de mon coeur et précipite ton spectre loin de ma porte!»
Le corbeau dit: «Jamais plus!»

And the raven, never flitting, still is sitting, still is sitting
On the pallid bust of Pallas just above my chamber door;
And his eyes have all the seeming of a demon’s that is dreaming,
And the lamplight o’er him streaming throws his shadow on the floor;
And my soul from out that shadow that lies floating on the floor
Shall be lifted- nevermore!

Et le corbeau, immuable, est toujours installé
sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre;
et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve;
et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher;
et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher,
nepourra plus s’élever, – jamais plus!

"...shall be lifted, nevermore."

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